De nos jours la mentalité magique,
enfin chassée des sciences physiques, s’est réfugiée dans les choses sociales.
- Gaston Bouthoul
La violence est un domaine où l’irrationnel tend spontanément à l’emporter sur le rationnel.
- Jean-Claude Chesnay
LE MANIFESTE D’UN SALAUD 12 - LA MENTALITÉ MAGIQUE
Le discours féministe sur la violence tient à la fois de l’exercice incantatoire et de la conjuration du vilain.
La parole incantatoire est une arme essentielle de l’arsenal des religions et des bonnes causes. La répétition y joue un rôle clé: litanies, chapelets, récitations sans fin des Hare Krishna, etc. Les bonnes causes ont compris la puissance du procédé et ont inventé le slogan, répété à satiété dans les manifestations.
L’expression « la violence faite aux femmes » appartient à la littérature incantatoire. On la répète partout, elle accompagne tous les commentaires sur les faits divers où les victimes sont des femmes. Toutes les statistiques prouvent que les hommes sont plus souvent victimes de violence que les femmes (voir la partie sur les statistiques). On ne parle pas de « la violence faite aux hommes ». L’homme n’est pas une cause. Les formules magiques appartiennent au monde du tabou et des choses sacrées. Dans les belles années du conformisme de gauche on parlait « d’anti-communiste primaire » mais on n’a jamais inventé l’expression « anti-capitalisme primaire ». Les formules magiques sont bien l’expression de la pensée magique. Lire les publications féministes sur la question de la violence équivaut pour un homme à ce qu’était le passage d’un piéton la nuit dans les rues de la Rome antique. Il reçoit sur la tête le contenu des pots de chambre balancés par les fenêtres.
C’est simple: tous les hommes sont des salauds, coupables de « la violence faite aux femmes quotidiennement sous toutes ses formes ».9
La culpabilité des hommes est universelle. Tous coupables et tous complices. L’homme ne peut donc pas se taire. Il doit se déculpabiliser. C’est bien ce qu’écrit une dame de l’Assomption dans une lettre à La Presse:
« Si j’étais un homme, je joindrais ma voix à celles des femmes qui s’élèvent contre les violeurs, les kidnappeurs, les batteurs de femmes et d’enfants. Parce que si j’étais un homme, j’en aurais assez de passer pour un violeur potentiel, un kidnappeur en puissance, un batteur éventuel, tout simplement à cause de certains de mes confrères qui nuisent à la réputation masculine. Mais je ne suis pas un homme et je ne comprends pas que la solidarité entre gens du même sexe soit plus importante que sa propre réputation, que ses propres relations avec les 52 pour cent de la population au féminin. Je suis néanmoins bien heureuse de ne pas faire partie de ce groupe minoritaire. »
C’est clair: les hommes se taisent parce qu’ils sont solidaires. Tous des salauds.
On retrouve une variante du même discours dans un article de Francine Pelletier paru peu après la tuerie de Poly (La Presse 9-12-89).
« Il faudrait surtout que les hommes se lèvent une fois pour toutes et disent: trop, c’est trop! Ce massacre de femmes est totalement inacceptable. Le jour où beaucoup d’hommes se mettront à dire qu’ils ont peur eux aussi de ce genre de comportement, qu’ils en souffrent, qu’ils n’en veulent plus... c’est le jour où les choses vont commencer à changer. Pas avant. »
Les hommes sans doute n’ont pas encore leur ration de massacre!
Écoutons encore l’ineffable Chantal Daigle ? « La violence, mettez-là de côté, les hommes! »
J’ai, bien sûr, été ébranlé par cet appel. Chantal Daigle ...
Jamais à court d’énormités, Louky Bersianik écrit que le massacre des femmes dure depuis 25 siècles, que la violence est généralisée et n’atteint que les femmes.10
Faut-ti être pâmée! Reprends ton souffle, Louky Louke, tu as de bonnes chances d’échapper au massacre et de te retrouver petite vieille dans un monde où les hommes auront crevé dix ans avant toi.
A propos toujours de l’affaire de Poly, une dame Brais écrit dans Le Devoir du 8 janvier 1990 « qu’ils étaient plus d’un à tirer ». Elle ne dit pas combien mais on a compris: tous des tireurs!
Nicole Brossard, elle, écrit que « Marc Lépine était aussi vieux que l’Homme et son mépris pour les femmes » (La Presse, 21-12-89). Donc, tous coupables et depuis des lunes, mon vieux!
D’autres en demandent un petit peu moins, comme cette dame Bédard qui écrit dans La Presse (13-12-89) pour suggérer, comme le duo Champagne Chabot (11) que chaque homme prenne « une part de responsabilité ». Une part seulement, pas tout le massacre, juste une part dans un massacre... comme c’est gentil!
Diane Lamoureux, professeure à l’Université Laval, nous faisait savoir, elle, dans une manifestation le 11 décembre 1989, que le geste de Lépine, loin d’être dément, servait à rappeler aux femmes que « n’importe quand et n’importe où, n’importe quel homme pouvait décider de les agresser et de les remettre à leur place ».
N‘importe quel homme. Tous des tueurs en puissance.
La tuerie est quotidienne ou presque, c’est Armande Saint-Jean qui nous l’apprend:
« ...il ne fallait surtout pas démontrer (à propos de Poly), faits à l’appui, qu’il s’agissait d’une tuerie qui reproduisait, à une plus grande échelle, une tragédie que plusieurs femmes, que toutes les femmes vivent de manière quotidienne. Très tôt, les hauts cris ont été jetés: il ne fallait surtout pas dire qu’en chaque mâle sommeille peut-être un Marc Lépine ».12
Ce n‘est pas rien écrire cela. Imaginez: la vie des femmes est une tragédie quotidienne et on réclame le droit de soupçonner la présence d’un massacreur dans chaque mâle! Et jamais personne ne conteste des discours aussi outranciers et même à la limite racistes.
Dans son livre « Pour en finir avec le patriarcat », Mme Saint-Jean nous avait déjà prévenus de l’existence actuelle et quotidienne de l’apocalypse:
« La violence est inscrite dans tous les instants de la vie des femmes », lit-on à la page 175. Voici maintenant pour le détail, deux pages plus loin:
« Partout, tous les jours, des femmes se font siffler, pincer, tirailler, harceler, palper, mordre, dévisager, gifler, déshabiller, exposer, découper, fendre, lapider, ligoter, labourer, déchirer, enfoncer, défoncer, cisailler, clitoridectomiser, hystérectomiser, infibuler, lobotomiser, électrifier, brûler, tuer. »
Moi, ce que je préfère, c’est palper. Madame Saint-Jean m’apprend par ailleurs que j'applique ces sévices au nom de tous les hommes. La liste est interminable des gestes dégradants et humiliants qui sont tous les jours posés par un homme au nom de TOUS envers une femme individuelle qui nous représente TOUTES.
Revoilà donc le thème cher au féminisme et à toutes les pensées de type magique ou religieux: la culpabilité collective, Nous y reviendrons.
Simone Landry, professeure à l’UQAM, voit tellement de violence partout qu’elle fait des crises de phobies:
« J’ai peur (...) J’ai peur pour moi, j’ai peur pour mes filles. Comme beaucoup de femmes, j’ai connu dans ma vie des périodes phobiques ».
À partir de cette vie de panique, madame Landry juge que cette « lamentable fin de siècle » se caractérise dans toutes les sociétés par « la violence généralisée ». 13 Toutes les études sérieuses disent le contraire mais madame Landry n’en a cure. Elle enseigne sans doute la panique. J’ai peur donc le monde est violent. En raisonnant comme cette universitaire, il faudrait mesurer le degré de sécurité du transport aérien par le degré de peur d’une grande partie des voyageurs. Ce serait évidemment l’hécatombe ... et le contraire de la réalité.
Deux autres universitaires, Maria De Koninck et Diane Lamoureux, s’interrogent sur la santé démocratique d’une société où l’on
« remplace la polémique par les armes dans l’enceinte universitaire. À cet effet, ajoutent les professeures, nous souhaitons une implication des milieux universitaires dans la défense du débat comme mode de règlement des conflits sociaux ». (Le Soleil, 15-12-89)
Heureusement qu’on a du monde savant! Ces gens-la, munis de bonnes « grilles d’analyse », ont observé ce qu’à peu près personne n’avait remarqué: que l’utilisation des armes est courante dans l’enceinte universitaire. On y tient de moins en moins de débats, on y échange plutôt des coups de feu. Un vrai western. Leur appel en faveur de la défense du débat arrive à point nommé. Comme j’ai souvent affaire à la bibliothèque de l’UQAM, je prendrai l’habitude de laisser mes fusils à la maison.
Mais je le ferai à mes risques. Car en réalité, nous sommes en guerre. C’est Lise Rossignol qui nous tient au courant des hostilités. Cette dame s’occupe du Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale. Au sujet du geste meurtrier de Marc Lépine, elle dit que « le geste de cet homme est issu d’une société sexiste qui déteste les femmes ». Un geste normal donc, dans une telle société. On tue, on viole, on bat a tourde bras. « C’est presque la guerre ouverte », nous informe madame Rossignol, correspondante de guerre.
Dois-je ranger mes fusils? Ce n’est pas sur, car Denise Veilleux m’apprend dans une lettre au Devoir du 9 décembre 1989 que « la chasse aux femmes est ouverte a longueur d’année ».
Dans le Montréal Mirror (14-12-89) Paula Sypnowich nous informe que le crime de Lépine à Polytechnique est tout ce qu’il y a de plus ordinaire: « Ce qu’il y a de bien plus important que l’aspect peu exceptionnel du criminel, c’est le caractère peu exceptionnel de son crime ». Et la chère dame, convertie elle aussi en correspondante de guerre, soutient que ces meurtres sont le reflet de « la réalité quotidienne des femmes à Montréal ». Est-ce assez fort de café OU si vous en redemandez?
A peu tout ce qui s’est écrit par ce type de féministes à la suite de la tuerie de Polytechnique est de la même farine: il n’y a rien d’exceptionnel au geste du tueur, c’est tous les jours que les femmes vivent ces situations. C’est la banalisation de l’horreur et de la démence meurtrière présentée comme comportement normal et quotidien de l’ensemble des hommes.
La palme de cette littérature terrifiante revient évidemment à une universitaire, ces gens qui en savent tant! Monique Bosco nous révèle qu’à la suite de la tuerie de Poly, elle a « rêvé à Auschwitz ». « La marche vers le crématoire... » Il paraît qu’«un terrorisme nouveau a été inventé ». Suit l’évocation d’Hiroshima, du Goulag, du Cambodge, des guerres de Corée et d’Algérie, des massacres de Katyn, d’Arménie, de My Lai et d’Oradour. 14
Madame Bosco crie bien haut « qu’on n’a pas le droit de banaliser un massacre semblable ». Mais elle ale droit, bien sûr, de banaliser tous les massacres et les génocides du siècle en les ramenant au geste de Marc Lépine. Comprenne qui pourra! Professeur de littérature, madame Bosco est sans doute plus à l’aise dans la fiction.., et plus spécialement l’épopée.
CA VA FAIRE! J’en ai assez entendu. Après la tuerie de 1’École Polytechnique, le 6 décembre 1989, les grandes orgues du féminisme m’ont déversé sur la tête leurs tombereaux d’insanités. J’ai lu partout que je suis un salaud. Que j’ai tiré à Polytechnique. Qu’en plus du cochon, il y a en moi un Marc Lépine qui dort d’un œil seulement. Que je porte sur moi 25 siècles de haine contre les femmes.
D’accord! Je suis un salaud. Mais je ne me sens pas coupable et je ne demande aucun pardon. Salaud et content de l’être. Il ne reste qu’une chose à faire, c’est de le manifester. Voici le manifeste d’un salaud.
Roch Coté
Salaud et content de l’être
MANIFESTE D’UN SALAUD